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L'Edito de Guy Gweth

Chaque semaine, le président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) vous entraine dans les arcanes de la géoéconomie et de la géostratégie africaines.

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Boom du marché africain de ciment

Boom du marché africain de ciment

[Africa Diligence] Les cimentiers sont déjà à pieds d’œuvre pour répondre aux énormes demandes du marché de la construction en Afrique. Le boom dans ce secteur va permettre de réduire davantage le prix du ciment sur le marché et mettre un terme aux pénuries récurrentes à condition, toutefois, que le segment de la distribution soit mieux organisé sur l’ensemble du continent africain.

La première opération d’exportation en Algérie concerne 16 600 tonnes de ciment gris d’une valeur de 600 000 dollars, soit environ 36 dollars la tonne. Pour le ciment, la commercialisation dépend de la croissance de l’économie mondiale dont sa future structure avec la quatrième révolution industrielle qui se met progressivement en place 2018/2030 et également des contraintes de l’important coût de transport, du management stratégique, de la teneur du minerai qui déterminent le coût d’exploitation et le prix de cession final au consommateur, ci-jointe une analyse, aidée par des experts, qui j’espère sera utile au gouvernement afin d’éviter les erreurs du passé qui se sont chiffrées en pertes évaluées à des milliards de dollars.

Au niveau mondial, le marché représentait en 2015, 3,4 milliards de tonnes produites par an. Selon les statiques internationales de février 2018, chaque seconde dans le monde, sont coulés 146 000 kilos de ciment (compteur), soit 4,6 milliards de tonnes par an. Entre 2014 et 2016, la Chine a produit respectivement 2480 millions de tonnes en 2014 et 2410 en 2016, l’Inde stable durant cette période environ 300 millions de tonnes, les USA 84 à 89, ma Turquie 75 à 72, le Brésil 60 à 68, la Russie 56 à 65, l’Iran 53 à 65, l’Indonésie stable 63 millions de tonnes, la Corée du Sud 55 à 60, le Vietnam 70 à 55 et l’Arabie Saoudite de 61 à 54.
Du fait de nouvelles méthodes de construction, les pays développés consomment de moins en moins de ciment, la grande part étant accaparée par les pays émergents qui consomment aujourd’hui 90 % de la production de ciment, contre 65 % au début des années 1990. Le prix de la tonne de ciment en vrac au niveau international fluctue ces dernières années entre 45 et 65 dollars la tonne. Tenant compte du coût usine plus transport quelle quantité et à quel prix l’Algérie pour couvrir les frais en plus de la marge bénéficiaire ? -Si l’on prend plusieurs constructions en Afrique, le cout d’une cimenterie entre un et trois millions de tonnes varie entre 200 et 500 millions de dollars.

En exportant 10 millions de tonnes, et étant optimiste avec un cours de 60 dollars la tonne sortie usine (selon la revue usine nouvelle en 2016 par exemple pour la France, le prix d’achat d’une tonne de clinker importée s’élève à environ 40 euros et le coût de la tonne fabriquée en France à 25 euros), le chiffre d’affaire ne dépassera pas 500/600 millions devant soustraire 60% de coûts fixes (amortissement de l’investissement) et variables y compris le transport restant à se partager avec le partenaire étranger entre 200 et 300 millions de dollars et restant pour le trésor algérien avec la règle des 49/51% entre 100 et 150 millions de dollars.
Même à un prix de 100 dollars la tonne sortie usine, arrivant sur le marché africain à 150 dollars la tonne métrique, le gain comparé aux hydrocarbures est relativement et presque une impossibilité de faire face à la concurrence locale.

Commet pour les unités de phosphate, de sidérurgie les complexes de ciment sont polluants et énergivores, le ciment accaparant les deux tiers du coût de production, posant la problématique des subventions de gaz à ces unités en Algérie. Cela implique de nouvelles techniques pour réduire la consommation électrique. Selon les experts consultés, cette industrie énergivore devra adapter les combustibles choisis en favorisant l’utilisation de déchets et combustibles secondaires, étant une des solutions pour diminuer les coûts et pouvoir supporter une pression sur les prix.

Par ailleurs le ciment étant difficile à transporter, les sites de production se situent généralement près des lieux de consommation. Le marché du ciment restant très local, avec une constellation d’oligopoles au niveau mondial contrôlant les circuits de commercialisation en partenariat avec les acteurs locaux, seulement entre 5/10% de la production mondiale est destinée à l’exportation, d’où l’implantation locale de nombreuses cimenteries dépassant les 10 millions de tonnes/an notamment en Afrique tant de grands cimentiers dont l’allemand Heidelberg, la fusion entre le français Lafarge et le Suisse Holcim, l’entreprise chinoise Sinoma International Engineering (investissement d’environ 5 milliards de dolalrs) pour la construction de nouvelles cimenteries au Cameroun, Éthiopie, Kenya, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, la Zambie. Que des investisseurs privés locaux. Ainsi selon SFI l’homme le plus riche d’Afrique, le Nigérien Dangote Cement a investi ces dernières années, environ 8 milliards de dollars a produit uniquement pour 2014 34 millions de tonnes de ciment et prévoit 100 millions de tonnes pour 2020.

Ce regain pour le marché local au lieu d’exportation du pays d’origine, s’explique selon les études internationales, compte tenu de la très faible valeur spécifique du ciment, la vente sur des marchés très éloignés du site de production n’étant pas économiquement viable, étant en général considéré que le ciment ne peut être avantageusement délivré au-delà d’une certaine distance critique. Le coût du transport peut même se révéler parfois plus élevé que le prix ex-usine et le recours au cabotage constitue une alternative intéressante, particulièrement dans les cas où le réseau routier est défaillant.

Ainsi selon une étude du quotidien le monde.fr, l’importation du bassin méditerranéen pour arriver au Burkina Faso une tonne de clinker coute entre 53 et 61 euros impactant le cout de production. En Algérie, où nous assistons actuellement à la sous- utilisation de capacités avec le risque du refroidissement si le stockage est de longue durée, accroissant les coûts, alors inutilisables pour la construction, étant presque impossible d’exporter vers l’Afrique où, contrairement à certains discours ne reposant sur aucune étude de marché séreuses, les parts de marché sont déjà pris avec de nombreux complexes en voie de réalisation ou dans certains pays d’Afrique comme le souligne l’enquête du monde.fr, l’offre dépasse largement la demande.

Pour ce cas, de nouvelles méthodes de construction au niveau mondial sont en cours économisant le rond à béton, le ciment et l’énergie et selon les experts consultés la seule solution, comme en Allemagne, est d’utiliser le béton pour construire les routes revenant souvent moins cher que le bitume importé.

 La première opération d’exportation en Algérie concerne 16 600 Tonnes de ciment gris en vrac de la cimenterie Lafarge d’Oggaz, d’une valeur de 600 000 dollars, restant après retrait des couts environ 360 000 dollars montant insignifiant, soit environ 36 dollars la tonne. Au niveau de la Méditerranée existe une surproduction. L’Algérie pourrait –elle exporter lorsqu’on sait que d’importantes unités de production sont mises en place ou en voie de l’être concernant toute l’Afrique ? Je ne citerai que le Bénin, le Burkina Faso, la Cote d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée –Bissau, le Liberia, le Mali, le Niger, le Nigeria, la Sierra Léone, le Togo, le Sénégal et au niveau du Maghreb la Mauritanie investissant également dans la production du ciment, le Maroc (ce dernier investissant directement dans ce créneau en Afrique) la Tunisie sont actuellement en excédent.

L’Algérie a besoin d’une vision stratégique au sein de laquelle doit s’insérer la politique industrielle (institutions, système financier, fiscal, douanier, domanial, système socio-éducatif, le marché du travail, le foncier etc.), afin de s’adapter aux nouvelles filières mondiales en perpétuelles évolutions poussées par l’innovation. Sans cette nécessaire adaptation au nouveau monde en perpétuelle mutation, renvoyant à une nette volonté politique d’accélérer les réformes, donc à un renouveau culturel pas seulement des responsables mais de la société, l’Algérie ayant toutes les potentialités pour dépasser le statut quo actuel, il est vain de pénétrer le marché mondial et encore moins la filière minière contrôlée par quelques firmes internationales sans un partenariat gagnant -gagnant.

Il ne faut pas vendre des rêves, comme le dernier rapport d’Oxford Business Group de mars 2018 sur les opportunités de croissance de l’industrie automobile en Algérie qui manque de rigueur et d’objectivité, étant une impossibilité de rentabilité économique des 30 constructeurs qui doivent produire chacun au minimum 150 000 unités/an pour assurer la rentabilité, soit 4,5 millions d’unités/an et non 500 000 comme le soutiennent ces experts, en majorité algériens localisés à Londres qui ont induit en erreur les décideurs algériens par le passé en dressant un tableau idyllique dans les années 2010/2013 sur les perspectives de l’économie algérienne et notamment du cours du pétrole à plus de 80 dollars.

Or, avec un taux d’intégration de moins 25% les faillites sont inévitables ne resteront que quelques constructeurs, et entre temps entraînant le pays à la faillite pour une sortie de devises en capacité seulement de 100 000 à 150 000 unités an entre 30 milliards de dollars/an pour les composants en cas de non exportation.

La Rédaction (avec Dr Abderrahmane Mebtoul)

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