[Africa Diligence] La monnaie est un instrument de pouvoir. Elle joue un important rôle dans les relations géopolitiques. De ce fait, l’on observe depuis quelques temps une lutte d’influence entre les monnaies des puissances étrangères en l’occurrence le Dollar américain, et le Yuan chinois.

Après deux longues années de négociations entre la plus grande banque de Chine, ICBC, et la Banque centrale du Nigeria, le yuan chinois devient donc la deuxième monnaie commerciale de la première économie africaine. Abuja pourra désormais libeller 10 % de ses 33 milliards de dollars (28 milliards d’euros) de devises étrangères dans la monnaie chinoise.

Cela constitue une avancée majeure pour Pékin dans sa volonté d’internationaliser sa monnaie et d’affaiblir le dollar américain. Une nouvelle fois le continent sert de laboratoire à cette offensive économique et politique.

Diversifier leurs réserves de change

Déjà, cette année, la Chine avait porté un premier coup à la forteresse dollar en inaugurant à Shanghaï la capacité de payer ses achats de pétrole en yuan. L’Angola, premier fournisseur africain de pétrole de la Chine, est le premier pays à avoir adopté ce mécanisme. Une pierre dans le jardin des Etats-Unis, mais de petite taille, puisque le dollar représente encore 90 % des transactions en matières premières. Qu’importe, l’affaire est d’abord symbolique même si la Chine est le premier importateur mondial de pétrole, avec neuf millions de barils jour.

Après avoir lancé ce « pétroyuan », Pékin va donc encore plus loin et installe son billet rouge en bonne place dans les Banques centrales du continent. Le yuan n’est que la septième monnaie de réserve au niveau mondial, loin derrière le dollar, l’euro ou le yen japonais, mais son importance gonfle sur le continent. D’abord, l’usage du yuan permet d’éviter les fluctuations trop grandes des monnaies nationales et de passer outre un dollar américain qui fait le Yo-Yo depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Mais, pour Pékin, c’est surtout une très bonne affaire. Les économies africaines vont pouvoir rembourser leurs dettes gigantesques (environ 22 % de la dette africaine est détenue par la Chine) en yuans. Elles vont pouvoir vendre directement en yuans leurs matières premières (comme avec le « pétroyuan » d’Angola) et diversifier du même coup leurs réserves de change en s’ouvrant à leur premier partenaire commercial.

Mouvement de fond

En mars, le Nigeria avait déjà signé avec la Chine un échange de devises de 2,5 milliards de dollars afin de faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays sans avoir à passer par une monnaie tierce, en l’occurrence américaine.

Un mouvement de fond puisque, fin mai, quatorze pays d’Afrique et dix-sept Banques centrales se réunissaient à Harare pour faire du yuan l’une de leurs monnaies officielles de réserve. Ces pays situés pour l’essentiel dans le sud et l’est du continent sont déjà hyperdépendants de la Chine pour leurs échanges commerciaux. Se convertir au yuan leur permettra donc de limiter les risques de change et d’approfondir des relations avec leur premier partenaire économique.

Le yuan ne représente encore que moins de 2 % des échanges commerciaux internationaux, et encore les trois quarts d’entre eux se font-ils via Hongkong. Cette politique d’internationalisation du yuan, si elle vise à asseoir la monnaie chinoise sur le plan international et à affaiblir le dollar, se heurte encore aux stricts contrôles des changes de Pékin qui veille sur sa monnaie comme le lait sur le feu. Le yuan n’est toujours pas librement convertible et il est soumis à la politique d’exportation de l’usine du monde, notamment de la guerre commerciale qu’elle livre contre les Etats-Unis.

En Afrique, les enjeux financiers sont certes moindres mais, symboliquement, ils permettent d’installer la monnaie chinoise sur le continent et sans doute de le rendre encore plus dépendant à son principal banquier.

En définitive, soulignons que, les escarmouches sur les marchés de change risquent de heurter de front l’objectif du millénaire portant sur le commerce international pour éradiquer la pauvreté dans la mesure où elles abritent des effets pervers qui pourraient sournoisement venir saper certaines variables clés de l’équation du développement économique.

La Rédaction (avec Sébastien Le Belzic)

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