[Africa Diligence] C’est plus un secret, Berlin veut davantage s’implanter sur le continent africain. C’est la raison de la seconde tournée africaine depuis celle de 2016, de Angela Merkel qui veut positionner ses pions en Afrique, continent à fort potentiel économique.

L’Allemagne a perdu ses colonies africaines, lors du traité de Versailles, à la fin de la première guerre mondiale. L’ancienne RFA a reconstruit son économie après 1945, sans attache sur le sol africain, si ce n’est une présence culturelle avec les instituts Goethe pour l’apprentissage de l’allemand et quelques fondations religieuses luthériennes.

Aujourd’hui les choses changent, l’Afrique entre dans les radars de l’Allemagne, longtemps obnubilé par l’Ostpolitique (politique à l’Est). L’Afrique est devenue la nouvelle frontière économique, avec de possibles relais de croissance pour une Europe vieillissante, mais aussi une source d’inquiétude en raison de flux migratoires intenses.

L’Allemagne ne peut plus ignorer l’Afrique

Angela Merkel, confrontée à une montée de la droite et de l’extrême droite allemande, crispées sur la question migratoire, veut désormais limiter les flux de migrants en provenance du continent. Angela Merkel ne cesse de répéter qu’elle souhaite s’attaquer aux «racines» de l’exode des Africains vers l’Europe.

Cet intérêt manifesté pour le continent africain s’accompagne d’une implication plus forte de la Bundeswehr (l’armée allemande) dans la lutte contre les groupes armés terroristes (djihadistes). Depuis décembre 2015, près d’un millier de soldats allemands sont stationnés au Mali, tant au sein de la Mission des Nations Unies pour la Stabilité au Mali (MINUSMA) que dans le cadre de la formation des forces armées maliennes.

L’Allemagne demeure également un partenaire stratégique du Pacte mondial pour l’Éducation. Berlin s’est engagé financièrement, en faveur de la scolarisation de 101 millions d’enfants défavorisés. Car l’emploi des jeunes est et sera une question majeure pour l’avenir du continent.

Séduire les investisseurs

Sénégal, Ghana et Nigéria, les trois pays visités du 29 au 31 août 2018 par la chancelière allemande ont également montré leur intérêt pour l’initiative allemande «Compact for Africa » qui consiste à créer les conditions d’une croissance rapide du continent en attirant les investisseurs privés.

L’Objectif du « Compact with Africa » est d’identifier les besoins des pays africains pour créer un cadre propice aux affaires, afin de conjuguer investissements privés et publics.

Dans ce cadre, Berlin a promis 300 millions d’euros d’investissements aux pays africains, sans compter l’action de l’agence de coopération allemande, la Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) qui a engagé en 2017 plus de 1,2 milliard d’euros sur le continent.

Les pays africains demandent à la chancelière allemande d’investir dans leurs économies, et de favoriser les transferts technologiques. D’autant que l’Allemagne exporte plus de biens vers l’Afrique qu’elle n’en importe. Berlin, est même devenu le premier fournisseur européen de l’Afrique, devant la France. Berlin demande en retour, une meilleure maitrise des flux migratoires.

Au Ghana comme au Sénégal, l’Allemagne va financer des centres de conseil aux migrants. Les «retournés volontaires», nom donné aux migrants qui acceptent de rentrer dans leur pays, sont censés y trouver un appui dans leur recherche d’emploi.

Centre d’accueil pour les retournés volontaires

Berlin a également choisi trois pays où la démocratie fonctionne. Après le Sénégal, la chancelière a rencontré le président ghanéen Nana Akufo-Addo, élu en décembre 2016. Le Ghana, montré en exemple pour sa bonne gouvernance et son alternance démocratique apaisée. Ce qui reste encore cas rare sur le continent.

La tournée de la chancelière s’est terminée au Nigeria, avec au centre des discussions, toujours les questions migratoire et sécuritaire. Berlin pourrait augmenter son aide bilatérale dans la lutte contre Boko Haram.

Au Nigeria, l’Allemagne va par ailleurs poursuivre des discussions avec les autorités locales,  pour faciliter le retour des migrants nigérians. Lagos a pour le moment décliné la proposition de l’Allemagne de délivrer à ces derniers les papiers nécessaires à leur expulsion sans passer par l’ambassade de Berlin.

 La Rédaction (avec Michel Lachkar)

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