[Africa Diligence] Une grande partie de la matière première utilisée dans l’industrie textile est produite en Afrique. Les chiffres sont là : 725 000 tonnes de coton produites en 2017 ; le Mali arrive au premier rang des producteurs, suivi du Burkina Faso pour ne citer que ces cas. Autant d’arguments qui font croire à une possible industrialisation du secteur.

L’Afrique dispose d’un important potentiel pour développer son industrie textile. Nombre de pays africains figurent effet parmi les plus grands producteurs du coton, la principale matière première utilisée pour fabriquer les tissus. Avec 725 000 tonnes de coton produites en 2017, le Mali arrive au premier rang des producteurs. Il est suivi du Burkina Faso dont la production tourne autour de 700 000 tonnes. Avec sept autres pays africains, l’Égypte, la Cote d’Ivoire, le Benin, le Zimbabwe et le Nigeria, ils figurent parmi les 20 plus grands producteurs mondiaux de cette matière première.

D’une manière générale, la production cotonnière du continent, portée par des conditions climatiques exceptionnellement favorables, a connu une forte progression depuis 2010, les pays d’Afrique de l’ouest s’arrogeant la part du lion. Une situation d’autant plus intéressante que le secteur du coton est vital pour les économies de ces pays. En effet, en lui seul, ce secteur compte 10 millions de producteurs et 1,2 de salariés.

Une tentative d’industrialisation

En plus d’être producteurs, ces pays ont mis en place un embryon d’industrie textile pour transformer le coton produit et alimenter le marché local. Seulement, alors que la production connait une croissance remarquable, la transformation quant à elle stagne et, dans la plupart des cas, est en net recul, notamment en ce qui concerne l’Afrique de l’Ouest. Le magazine Jeune Afrique rapporte qu’« alors que la région comptait 45 usines il y a quinze ans, on ne dénombre plus que 10 unités, et la plupart tournent à moins de 50%  de leur capacité ».  Jeune Afrique relève que les usines n’ont cessé de fermer, même si de rares bonnes nouvelles sont venues égayer ce triste tableau d’une industrie florissante dans les années 1980.  L’une de ces rares bonnes nouvelles est la récente reprise de service de NSTST-FTT après dix ans de fermeture. Cet ancien fleuron du textile sénégalais a bénéficié d’une garantie de 407 millions de F CFA du Fonds de garantie des investissements prioritaires (FONGIP). A l’inverse, au Mali, la Banque européenne d’investissement a débloqué deux milliards de F CFA en 2011 qui ont permis de relancer l’usine de Fitina, à Banankoro.  Cela n’a pour autant pas empêché cette usine de fermer peu après.

Les bailleurs des fonds ont donc voulu voler au secours du coton ouest-africain. Sans grand succès. Il en est, par exemple, ainsi du West African Cotton Improvement Program (WACIP) lancé par l’Agence américaine pour le développement international (USaid). 20 millions de dollars ont été investis pour soutenir toutes les strates de l’économie cotonnière des quatre principaux producteurs que sont le Mali, le Burkina Faso, le Benin et le Tchad. Mais les fruits n’ont pas porté les promesses des fleurs.

À l’échelle de la région, les experts observent que la proportion de coton transformée localement est extrêmement faible : environ 5% seulement. Selon une étude réalisée par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), 95% des volumes produits partent à l’étranger.

Un grand enjeu pour les pays producteurs

Comment expliquer cette situation on ne peut plus paradoxale quand on sait que du filage à la teinture, en passant par le tissage, la transformation du coton constitue un grand enjeu pour les pays de l’Afrique de l’Ouest. Le ministre malien de l’Industrie, dont le pays ne transforme que 2% de sa production, affirmait, presque désabusé : « Si nous parvenons à transformer 20% de notre coton, nous serons un pays développé ».

Et pourtant, soutiennent les économistes, afin de se protéger des fortes fluctuations des cours auxquelles est soumis le coton, et des risques de change de la concurrence du coton des États-Unis, les producteurs africains ont tout intérêt à remonter davantage la chaine des valeurs. En effet, alors que tous affirment vouloir aller jusqu’au bout de la chaine de production, tous ces pays restent encore concentrés au niveau de la première étape qui est le filage. Or, les experts s’accordent à reconnaitre que cette étape est la plus « capitalistique » et nécessite des machines « énergivores ». Il serait par conséquent plus avantageux pour les producteurs de passer au tissage, au tricot ou à la confection, des étapes qui, soutient-on, génèrent plus de valeur ajoutée.

Organiser le marché local pour sortir de l’ornière

En fait, l’industrie textile ouest-africaine souffre de divers maux. Le premier problème est le peu de compétitivité des machines encore utilisées ici qui, selon certaines sources, datent des années 1960 face à l’explosion des manufactures asiatiques. La crise économique des années 1980 et les plans d’ajustements structurels adoptés pour la juguler portent aussi leur part de responsabilité dans cette faillite. Ils ont en effet entrainé la fermeture de nombreuses usines qui, pour la plupart, relevaient du portefeuille de l’État. Conséquence, l’on a laissé libre cours aux importations qui inondent le marché et entravent gravement la renaissance du secteur.

Pour sortir de l’ornière, certains experts préconisent en même temps que la remise à niveau de l’outil de production, l’organisation d’un marché local avec la création des foires régionales ou nationales capables de réunir tous les acteurs de la filière coton, de la fibre jusqu’aux divers produits finis.

On devrait aussi envisager de mettre fin à l’envahissement du marché par la friperie venue d’Europe et d’Amérique et la pacotille chinoise, auxquelles recourt une bonne partie de la population, et qui noient littéralement l’industrie textile locale.

 La Rédaction (avec Marc Omboui)

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