[Africa Diligence] Avoir des données, des chiffres ou une quelconque information sur le commerce intra-africain n’était pas la chose la mieux partagée jusqu’au 25 septembre 2018. Date à laquelle la Banque africaine de développement (BAD)  a publié son premier rapport sur l’état des lieux des investissements intra-africains.

 un rapport qui vient combler ce déficit

Grâce au rapport que vient de publier la Banque africaine de développement (BAD) à partir de l’observation de huit grandes entreprises, il est désormais possible d’avoir une meilleure idée des flux d’investissements entre pays africains.

Investir en Afrique fait la une des journaux. Il y a un consensus croissant sur les besoins des entreprises africaines d’investir dans le continent alors que les flux d’investissements étrangers mondiaux sont en baisse. Encore faut-il connaître les réalités de ces entreprises à travers le continent. C’est pour combler cette absence de données, de chiffres ou encore d’informations que la Banque africaine de développement a publié ce 25 septembre 2018 son premier rapport sur l’état des lieux des investissements intra-africains.

Des entreprises africaines confiantes

Pour se faire, la banque panafricaine s’est appuyée sur des cas pratiques de sociétés d’envergure appartenant à divers secteurs. Ce sont des multinationales, d’après une définition certes très simpliste, mais qui colle à la définition mondiale. Une multinationale africaine est définie comme une société ayant son siège en Afrique et opérant dans au moins trois autres pays en dehors de son marché domestique. Et premier constat : l’institution financière multilatérale estime qu’un nombre grandissant d’entreprises croit à la croissance du continent sur le long terme. Cette confiance leur permet de mieux adapter leurs modèles commerciaux aux marchés régionaux, de former des talents locaux et d’établir des partenariats public-privé. « Les entreprises africaines qui investissent en Afrique ont clairement confiance dans sa croissance à long terme. Ils sont à la pointe de leurs industries et, en outre, capitalisent sur le continent africain pour générer des rendements plus élevés », écrit en préambule Akinwumi Adesina, le président de l’institution.

Un contexte d’échanges intra-africains en hausse

Et c’est une réalité. L’Afrique voit ses échanges mieux intégrés ces dernières années et l’environnement mondial instable contribue à pousser les pays à promouvoir les investissements intrarégionaux comme moyen de lutter contre les chocs extérieurs. Cela est illustré par la signature en mars de la zone de libre-échange continentale africaine, visant à réunir un marché de 1,2 milliard d’habitants et un PIB combiné de 2 500 milliards de dollars (soit plus de 2 000 milliards d’euros). De plus en plus de pays améliorent également le climat des affaires : l’Afrique subsaharienne est la région qui a enregistré le plus grand nombre de réformes en 2016 et 2017, selon la Banque mondiale. Les entreprises réalisent également le potentiel de retour sur investissement étant donné l’augmentation de la population, l’accès croissant à la technologie et l’amélioration des règles relatives aux visas pour faciliter la libre circulation. « Il est bien connu que l’investissement, qu’il s’agisse d’investissements intérieurs ou d’investissements directs étrangers (IDE), ciblé sur des secteurs stratégiques spécifiques, a le potentiel de permettre à l’Afrique de dépasser l’échelle du développement… L’approfondissement de l’intégration régionale est également un aspect important pour renforcer l’attractivité de l’Afrique en tant que destination d’investissement », commente Albert Muchanga, commissaire chargé du Commerce et de l’Industrie au sein de l’Union africaine.

Chiffres à l’appui, la BAD estime qu’entre 2006 et 2016 les investissements intra-africains vers de nouveaux pays sont passés de 4 à 10 milliards de dollars. Le nombre de fusions et d’acquisitions intrarégionales a également doublé, passant de 238 transactions en 2006 à plus de 418 en 2016.

La montée en puissance des multinationales africaines

Le rapport souligne en particulier l’exemple d’Ethiopian Airlines, qui, grâce à un mélange d’investissements stratégiques, d’acquisitions de compagnies aériennes et de partenariats panafricains, est devenu la plus grande compagnie aérienne d’Afrique. Des institutions financières comme la togolaise Ecobank, Attijariwafa Bank au Maroc, Standard Group en Afrique du Sud ou encore la kenyane Commercial Bank ont ​​également été mises en avant pour avoir adopté des stratégies transfrontalières flexibles et promu la diversité dans leur portefeuille d’entreprises. Le secteur des médias n’est pas en reste avec Nation Media Group basé au Kenya et dirigée par Clifford Machoka. Fondée en 1962, cette société spécialisée aussi bien dans l’imprimerie que le numérique est cotée en Bourse dans quatre pays, avec des bénéfices de 2,5 milliards de shillings, soit 23 millions d’euros. Pour son fondateur, il ne fait aucun doute que « l’ouverture de l’espace numérique a permis d’ouvrir notre route vers le marché transfrontalier, facilitant ainsi notre entrée sur les marchés de la sous-région », avant de préciser que « pour répondre à une demande croissante, le groupe s’est d’abord concentré sur les produits et canaux innovants. Il a aussi recruté plus de talents pour atteindre les femmes et les jeunes consommateurs, pour s’arrimer aux tendances des nouveaux médias », décrit Clifford Machoka en partageant son expérience dans la revue de la BAD.

Un capitaine d’industrie nommé Dangote

Déjà bien connue dans le monde entier, la société Dangote de l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote fait également partie des huit entreprises sélectionnées par la BAD. En plus d’être la plus grande entreprise cotée en Afrique de l’Ouest, Dangote Cement est la seule entreprise nigériane figurant au classement Forbes Global. Jusque dans les années 90, le Nigeria était l’un des plus gros importateurs de ciment dans le monde. La vision de Dangote Cement était d’aider le pays à devenir autonome en produisant l’un des produits de base. La société s’est ensuite développée à travers l’ouest du continent avec des usines de production directement sur ces marchés-clés. La société a priorisé le commerce en Afrique de l’Ouest, en tirant parti des exemptions de droits d’importation. Déjà milliardaire, avec une fortune personnelle estimée par la revue Forbes à 16,7 milliards de dollars, Aliko Dangote a vu sa photo diffusée fin 2017 sur la Nasdaq Tower à Times Square, New York, après qu’il a été sélectionné sur la liste Bloomberg 50 des personnes les plus influentes de l’année passée. Aujourd’hui, son groupe emploie près de 16 000 personnes pour un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros. Selon le dirigeant, « investir en Afrique est un projet à long terme. Si vous pensez au court terme, vous ne devriez pas investir en Afrique du tout. Tous ces défis auxquels nous sommes confrontés [en tant que continent] ne sont pas des défis permanents. Ils sont temporaires. Mais vous ne pouvez en bénéficier que si vous êtes déjà là », souligne-t-il dans ce rapport de la BAD qui met en avant le parcours personnel et la vision de ces entrepreneurs, avant d’aborder la difficile question des obstacles. Celles-ci incluent l’accès au financement, les taux d’imposition élevés, les pénuries d’électricité, en plus des défis réglementaires, etc. La liste est longue.

Quelles leçons pour l’avenir ?

Pour la BAD, des tendances se dessinent clairement sur la manière dont les entreprises devraient investir, capter plus de ressources et gagner en audace afin de traverser les frontières. L’une des leçons que donne l’institution est d’acquérir une meilleure connaissance des parcours et des visions des grandes entreprises. En effet, toutes celles qui sont citées dans le rapport se sont d’abord concentrées sur leurs marchés nationaux avant d’atteindre les marchés voisins et de voir au-delà.

La Rédaction (avec Viviane Forson)

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